Octobre

Ce qu’on écrit un jour

Il y a des entreprises avec qui on aimerait ne plus jamais avoir à faire... Game Freak en faisait partie.

En octobre, tout a fui. Des visuels inédits, des titres confidentiels, des projets futurs — et surtout, ces scénarios. Des récits jamais censés quitter les serveurs internes. Jamais censés être lus. Encore moins par des enfants.

Et moi, je les ai lus.

Pire : je les reconnais.

Il y a longtemps j’ai été “conseiller créatif”. Une mission de quelques mois. Le genre d’emploi qu’on ne met pas sur LinkedIn, mais qui laisse des traces dans la mémoire.

On nous avait donné carte blanche pour réfléchir à “des pistes d’univers étendus”. Rien d’officiel. Rien de canon. Juste… explorer les zones d’ombre de la franchise.

À l’époque, ça m’avait paru presque drôle. On riait jaune autour de tables basses. On écrivait des trucs glauques “pour déconner”.On poussait les limites. Juste pour voir.

Et maintenant ces limites flottent en .pdf, compressées dans des .rar partagés sur Reddit.

Je lis l’histoire de cette fille dans la montagne. Le Typhlosion. L’enfant hybride. C’est exactement le genre de chose qu’on aurait pu pondre à l’époque. Pas parce qu’on y croyait. Parce qu’on voulait tester jusqu’où l’univers pouvait s’étirer avant de se fissurer.

D’autres récits me parlent aussi. La femme et les Parecool. L’enfant pieuvre. Je les relis avec la sensation de feuilleter un vieux carnet qu’on pensait brûlé.

Je me réveille la nuit pour chercher mon nom dans les dumps. Je vérifie les threads. Les reuploads. Rien, pour l’instant.

Mais je sais comment fonctionnaient leurs archives. Je sais que parfois, les métadonnées trahissent l’auteur même quand il croit avoir effacé toute trace.

Et je sais qu’à un moment, quelque part dans leurs serveurs, j’ai laissé une signature.

Invisible, peut-être. Mais bien réelle.

Et si quelqu’un la retrouve, il verra ce que j’ai écrit.

— Klark