Le dernier printemps
Ça faisait des mois que le laboratoire Hubert Curien ne m’avait rien demandé de louche. Franchement, ça devenait presque suspect. J’en étais au point où je pensais pouvoir finir, mon mémoire d’optique. J’avais ressorti mes notes, réouvert des articles, pris des cafés sans double fond. Une période étrange, presque douce. Presque.
Puis un mail, avec l’objet tout simple : “Urgent. Rome.”
Le pape. Il se remettait à peine d’une vilaine pneumonie, et les services secrets étaient débordés. L’Europe en tension, des risques d’attentats partout. Et apparemment, François avait demandé un œil extérieur. Le laboratoire avait répondu, comme toujours. Et ils avaient pensé à moi. Évidemment.
Quand je suis arrivé au Vatican, j’ai tout de suite compris que l’ambiance était plus lourde que prévu. Pourtant, rien ne semblait anormal à première vue. Les gardes suisses étaient à leur poste, les couloirs sentaient l’encens, et le Pape bien qu'incapable de tenir debout, pâle, fragile, restait digne. Moi ? Silencieux comme une ombre. Un fantôme parmi les saints. J’observais, j’écoutais, j’attendais.
Et puis… je l’ai vu.
J.D. Vance.
Je n’ai pas eu besoin de son nom ou de son visage. J’ai ressenti son aura malveillante.
Le laquet de Trump, tout sourire, tout poison. Il avançait vers le Saint-Père avec une lenteur mesurée, comme s’il avait tout le temps du monde. Je n’ai pas bougé tout de suite. J’ai observé. Ils se sont parlés. Des mots que je n’ai pas entendus. Mais j’ai vu le visage du pape se durcir, puis vaciller. Il y avait quelque chose de brisé dans ses yeux. Et là, j’ai compris que quelque chose clochait.
— "FRANCOIIIIISSSSS !"
J’ai couru. Mais trop tard. Vance avait déjà sorti un couteau. Une lame courte, nette, militaire. Il a frappé. Et avant même que le sang n’atteigne le sol, il avait disparu, exfiltré par une équipe bien trop efficace pour être improvisée.
Tout autour de moi, c’était le chaos. Les gardes criaient, les cloches du Vatican sonnaient dans un désordre absurde. Moi, je n’entendais plus rien. Juste le souffle court du pape, affaibli, allongé entre mes bras.
Je tentais de le maintenir éveillé, de faire pression sur la plaie, de gagner du temps. Mais il m’a attrapé la main. Fermement, presque paisiblement. — "Fuis, Klark… c’est un piège."
Et là, tout a pris sens. Tout s’est effondré.
Ce n’était pas juste une attaque. C’était un théâtre. Un message.
J’ai compris que ce n’était pas un hasard si le laboratoire Hubert Curien m’avait envoyé ici, moi, maintenant. Que ce n’était pas une mission de protection. C’était un guet-apens. Et je venais de tomber en plein dedans.
Trump n’avait pas digéré l’humiliation de mars. Et le laboratoire, bien plus complice que je ne voulais l’admettre, s’était rangé de son côté.
Leur objectif ? Fou, insensé, presque impensable : prendre le contrôle de la chrétienté. Éliminer le symbole. Et, dans le vide laissé par le Vatican, imposer une nouvelle foi d’État. Une foi née non pas dans une étable, mais dans un bunker de chercheurs fous. Une foi sans Bible, sans miséricorde, mais avec des lentilles, des lasers, et un schéma de phase comme Évangile. L’optique photonique.
Je l’ai regardé une dernière fois. J’ai embrassé son front, ses mains. J’ai fermé ses paupières.
Et j’ai couru.
Je suis en fuite. Recherché. Le Vatican veut ma tête. Le laboratoire veut me faire taire. Trump veut effacer jusqu’à mon souvenir. Et si vous, les klarkifou, ne m’entendez plus… C’est qu’ils m’auront eu.
— Klark